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Le 5 janvier 2012

C’est l’histoire d’un mec

A l’aurore ce matin les journalistes des beaux quartiers, surpris par les propos de Flanflan Latulipe, achevaient de trifouiller leurs méninges pour renchérir sur les propos de l’homme courageux qui avait osé étiqueter durement notre honorable Président.

Sur les bords de la Seine, rive gauche, on entendait les gazouillis des esprits les plus fûtés de la capitale qui s’envolaient loin des miasmes morbides d’une triste campagne pour gagner l’éther vivifiant de l’invective.

Certains hésitaient : cela venait peut-être trop tôt d’en rajouter. Car enfin Flanflan Latulipe venait de réussir un coup de maître : il avait dit tout haut ce que tous les journalistes murmurent tout bas : « Sarko est un sale mec ». En plus il avait obtenu l’aveu de l’intéressé se qualifiant ainsi lui-même. Certes obligé de bosser pour contrer la crise le Président n’avait pu se joindre aux journalistes qui posent leur rond de serviette à la table ronde de ce grand restaurant où il fait si bon  faire des ronds de jambes aux futurs puissants.

Certains même étaient un peu tristes car une telle insolence serait forcément fatale au Président et comment bien vivre de sa plume pendant quelques mois encore s’il n’y plus la moindre tête de turc à balloter dans les cancans.

Mais quand le coup est parti il n’est plus temps de tergiverser et même un journaliste honnête doit crier avec les loups et savoir se mouiller. Tout le monde n’a pas le talent de Flanflan pour ne jamais se mouiller et s’épanouir dans un vague discours.

Avec ce coup d’audace il s’était mis aux abris en ne donnant pas son opinion mais en se bornant à citer Nicolas devant des journalistes qui par définition ne sont jamais complices d’un mauvais mot, occupés qu’ils sont à traquer la vérité.

 

Les amis du Président tweetaient à qui mieux mieux pour essayer de dénicher une réplique mais que dire quand le coupable a avoué ?

La consternation fut en effet totale quand la radio comme un chant de victoire tonitrua « il avoue »

L’histoire se souviendra de cet entretien que nous avons retranscrit fidèlement :

Journaliste « L’accusation est forte Monsieur le Président. Ainsi donc vous avouez ? »

Sarkozy « Oui, je l’avoue je suis un sale mec »

Journaliste « Mais alors la campagne est finie maintenant que votre vraie nature est découverte et que vous le reconnaissez »

Sarkozy « Mais non, tout commence. Je m’explique à partir des deux mots de mon concurrent : sale et mec.

Je suis un mec, un dur, c’est vrai, c’est à dire quelqu’un qui reconnaît que dans la vie il y a des choses dures et que pour un homme politique la première qualité c’est d’accepter la réalité. On peut jouer à faire des mots d’esprit et je reconnais que mon adversaire à un certain talent pour briller dans les restaurants. Mais moi j’ai choisi de faire face aux difficultés même si c’est dur et si parfois j’en prends plein la figure.

Restons dans l’actualité.

Deux événements aujourd’hui : un bon mot autour d’une bonne table et une statistique. Le bon mot étouffe la statistique. C’est plus drôle de fantasmer sur ma caricature que reconnaître qu’en acceptant l’impopularité pour sanctionner les chauffards j’ai réussi à sauver des centaines de vies humaines. Cette année encore le bilan des morts sur la route a diminué et je sais bien qu’en étant moins dur sur la limitation de vitesse j’aurais grignoté quelques points dans les sondages. Mon adversaire a donc raison d’inciter la presse à parler d’autre chose.

Déjà,plus jeune, quand des enfants d’une école de ma commune furent pris en otage par un voyou, je fus accusé de jouer au mec en allant personnellement sur place pour éviter que le drame se transforme en crime. Aurai-je dû me contenter de faire des mots ?

Il y a quelques mois j’ai résisté à la contestation que la gauche a lancée dans les rues pour me faire renoncer à la réforme des retraites. Je l’avoue c’est plus dur de travailler deux ans de plus mais ne serait-ce pas plus dur encore de ne pouvoir payer les retraites.

On criaille que je suis un mec dur car il  y a des inégalités et que je devrais faire en sorte que tous les français aient les mêmes revenus. C’est dur de répéter que c’est le travail, et non les subventions, qui crée la richesse et que si les fruits du travail doivent être équitablement répartis entre ceux qui travaillent et ce qui ne travaillent pas on se demande si ceux qui assurent le développement par leur créativité continueront avec plaisir à jouer les naïfs. Ils chercheront sans doute en s’expatriant à faire bénéficier de leur richesse les citoyens des autres pays.

Vous aurez d’ailleurs remarqué que des responsables de gauche n’ont aucun complexe à puiser dans les petites économies de leurs naïfs électeurs pour subventionner les clubs de foot qui distribuent des salaires de millionnaires.

Je reconnais que je suis dur en imposant le remplacement d’un fonctionnaire sur deux lors du départ en retraite. Pourquoi en effet ne pas faire en sorte que tous les français puissent être fonctionnaires et être assurés d’un salaire jusqu’à la fin de leurs jours. Ce serait moins dur et si tout le monde était fonctionnaire on parviendrait presque à l’égalité. Tout deviendrait normal, plus d’injustice. Je conçoit qu’un président qui pousse son ambition jusqu’à rêver de devenir normal puisse adopter cette proposition. Mais le dur de la réalité ne tolère pas de telles divagations.

On me dit que je joue au mec qui veut se donner des airs de dur en demandant aux parents d’être responsables et de surveiller leurs enfants car l’école ne peut pas tout faire. Et pourtant si chacun demande à l’Etat de tout faire et de tout payer on reprochera un jour aux responsables de ne pas avoir eu le courage de dire les choses en face.

J’allais oublier. Non seulement je suis un mec mais en plus je suis un sale mec. Là aussi, j’avoue. J’ai dû me coltiner le sale boulot. Quand la gauche pour jouer à la maman pas trop dure à décidé sans vraiment réfléchir de diminuer la durée du travail elle n’a pas dans le même temps diminué le nombre de malades dans les hôpitaux, le nombre d’élèves dans les classes, le nombre d’heures de travail nécessaire pour faire une baguette de pain. Tout ce qu’elle a fait c’est de faire payer plus d’impôt à ceux qui travaillent pour augmenter le loisir de ceux qui ne veulent surtout pas trop travailler mais qui demandent quand même plus de services publics.

C’est vraiment un sale travail que d’essayer de remettre peu à peu les choses à leur place et c’est mon bonheur de responsable politique de sentir que loin des jérémiades incessantes j’avance peu à peu.

Je comprends l’absence de courage de mon concurrent qui n’ose pas parler en son nom car c’est plus facile d’attirer l’attention sur soi par de sales propos sur les autres que par des propositions précises et constructives pour préparer l’avenir.

Une seule chose pourrait me réjouir dans cette mesquinerie c’est l’augmentation du tirage du journal répercutant avec gourmandise ces propos. Mais faut-il pour aider la presse mettre des micros sur toutes les tables et dans toutes les maison pour collecter les sales propos de ceux qui ne m’aiment pas et qui distraient chacun du vrai travail à accomplir pour que notre pays traverse au mieux la crise. »